LA NUIT DU RAGNAROK
Une épopée en trois tomes où les dieux saignent et les hommes se dressent
EXTRAIT
TOME 3
Un rugissement éclata, colossal et bestial, brisant le silence du Grand Nord comme un coup de tonnerre jeté contre les cimes blanches. Aux pieds des montagnes sacrées d’Asgard, où la neige tombait en flocons muets, Fenrir, le loup géant, se dressait.
Sa gueule immense s’ouvrait vers le ciel gris d’hiver, et des volutes de givre s’échappaient de ses crocs en une vapeur maléfique.
Le sol tremblait sous ses pattes massives et les arbres, figés dans leur manteau de glace, frémissaient sous l’écho de sa voix.
Ce son était plus qu’un rugissement, c’était une convocation, une proclamation sauvage, ancienne et lourde de sens.
Les montagnes d’Asgard s’élevaient autour de lui, pareilles à des murailles célestes. Les vents y hurlaient depuis des siècles, mais maintenant, ils semblaient s’incliner devant le cri du fils de Loki.
La neige, épaisse vierge, était balayée en cercles autour du géant lupin. Chaque battement de son cœur faisait tressaillir l’air d’une magie oubliée.
Fenrir, autrefois enchainé, aujourd’hui libre, invitait le Père-de-Tout. Il ne s’adressait pas à l’individu, mais au dieu qui, jadis, l’avait trahi pour l’emprisonner.
Dans le silence assourdissant qui suivit l’appel, tout sembla suspendu.
Les loups, plus petits, tapis dans la forêt immaculée, se figèrent. Les oiseaux, comme pétrifiés en plein vol, s’évanouissaient dans le ciel voilé.
L’univers, pour un bref instant, retenait son souffle.
Puis, dans le lointain, au sommet des plus hautes tours d’Asgard, là où la neige ne fondait jamais, et où seules les divinités foulaient la glace éternelle, Odin l’écoutait. Le maître du Valhalla, l’œil unique tourné vers l’horizon blanc, se fige à son tour. Il est accoudé à Gungnir, sa lance sacrée, le regard plongé dans le tumulte invisible des mondes. Il n’a pas besoin de se concentrer pour reconnaître ce cri. Il connaissait cette voix, il l’avait entendue autrefois, jeune, furieuse, incomprise. Il la percevait aujourd’hui, plus profonde, plus terrible, chargée d’une haine calme, presque solennelle.
Les corbeaux Hugin et Munin battent des ailes au-dessus de lui, inquiets, leurs yeux noirs reflétant l’éclat des glaciers. Ils croassent, comme s’ils voulaient le prévenir. Mais Odin ne les écoute pas. Il reste immobile, figé comme les statues d’Yggdrasil sous la neige, et laisse le grondement du passé revenir à lui. Il revoit le lien tranché, la gueule muselée par des chaînes forgées par la peur des dieux. Il se souvient du regard du louveteau qu’il avait jadis trahi.
Il sait que ce rugissement n’est pas un simple cri de guerre. C’est une déclaration. Une invitation. Ou un avertissement.
Autour d’Asgard, la neige se remet à tomber, plus drue, plus dense. Le ciel se fait plomb. Les tambours du destin résonnent dans le lointain. Fenrir attend. Pas avec impatience, mais avec certitude.
Odin, dans le calme doré de ses murailles, répondra. Car nul appel lancé depuis les racines de la colère ne peut être ignoré par Père des dieux.
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